France

Synthèse énergétique et impact sur le climat

Le système énergétique français est caractérisé par le poids du nucléaire dans la production d’électricité et dans la consommation d’énergie primaire, fruit des décisions de développement massif pris suite aux crises pétrolières des années 1970. Ce poids élevé conduit à une des meilleures performances mondiales en terme de décarbonation de l’électricité et de l’énergie primaire et à des prix relativement faibles de l’électricité pour l’industrie et les ménages.

Cet avantage compétitif n’a toutefois pas permis à la France de maintenir une position industrielle forte : le déclin de l’industrie a aussi contribué à la baisse de la consommation d’énergie et des émissions nationales de CO2 d’origine énergétique. Ceci se reflète dans le niveau élevé des importations nettes de CO2 (au travers des importations et exportations de biens) qui représentent en 2024 43% des émissions nationales !  

Pour le futur, le haut niveau de décarbonation est fort dépendant du maintien de la part du nucléaire dans les mix électrique et énergétique.  Ce maintien n’est pas garanti à long terme : vieillissement du parc nucléaire, difficultés du nouveau nucléaire  et lent développement des nouveaux renouvelables dans un contexte de hausse de la consommation d’électricité. La France dispose néanmoins d’un atout réel dans la transition énergétique avec son électricité décarbonée et à un coût compétitif. On peut penser qu’il y a une vraie opportunité de développer cet atout en particulier dans l’électrification du transport routier domaine où les constructeurs automobiles français montrent un vrai avantage compétitif notamment dans les petites et moyennes voitures.

On retrouvera dans l’article 15 graphiques commentés pour comprendre le système énergétique de la France, son évolution et son impact sur le climat et positionner le pays par rapport au Monde et à l’Europe (UE+UK) mais aussi l’Allemagne à laquelle les français portent une attention particulière. 

Avec l’identité de Kaya pour guide.

Cela fait beaucoup de graphiques mais c’est nécessaire pour obtenir une vue complète de l’énergie, de sa transition et de son impact sur le climat et pour comprendre les interactions et les leviers d’action pour la transition énergétique. 

Il ne faut pas hésiter à sélectionner les plus pertinents pour votre bonne compréhension selon l’attention portée à l’énergie en général, à l’électricité ou au CO2. N’hésitez pas à décharger la version PDF pour avoir une vision globale et choisir ensuite les graphiques qui vous seront les plus utiles.

ÉCONOMIE

PIB par habitant

Constats-clés

  • le PIB par habitant de la France a été multiplié par 2,25 en 54 ans. C’est moins que les grands voisins allemand et britannique (multiplication par 2,45 tous les deux)
  • le PIB français par habitant était 3,8 fois plus élevé que la moyenne mondiale en 1970, ce rapport est passé à 3,5 fois en 2024
  • l’écart par rapport à l’UE+UK s’est réduit (+12% en 2024 contre +27% en 1970)
  • le PIB français par habitant était supérieur de 5% au niveau britannique en 1970. Il est, en 2024, inférieur de 4%. Evolution similaire par rapport à l’Allemagne : 4% inférieur en 1970 et 12% inférieur en 2024
  • la démographie française a été dynamique : la population a augmenté de 32% de 1970 à 2024 contre 17,5% pour l’UE+UK et seulement 7% pour l’Allemagne.

ÉNERGIE

Consommation d’énergie primaire

Constats-clés

  • le constat le plus visible est l’extraordinaire développement du nucléaire de 1980 à 2000
  • avec le développement massif du nucléaire la France a réduit sa dépendance externe directe et fourni une électricité abondante et bon marché aux consommateurs et entreprises
  • à la différence de la quasi-totalité des pays européens et de l’Europe (UE+UK), la consommation d’énergie primaire a continué d’augmenter substantiellement de 1980 à 2000 (+35% en France contre +8% pour l’Europe et -6% en Allemagne)
  • le repli des fossiles n’en reste pas moins important : -28% de 1990 à 2024 mais c’est moins que l’Allemagne (-35%) et le Royaume-Uni (-39%)
  • le faible développement des nouveaux renouvelables est illustré par la minceur de la surface verte : en part du total de l’énergie primaire la France est 24ème sur les 27 pays de l’Union !


Intensité énergétique du PIB

Constats-clés

  • avec 73 tep (tonnes-équivalent-pétrole) par million de US$2020 l’intensité énergétique du PIB français est, en 2024, inférieure de 52% à l’intensité mondiale
  • elle est 2,5% inférieure à celle de l’Europe (UE+UK)
  • de 1990 à 2024 elle a diminué de 43%, 1,4 fois plus qu’au niveau mondial (la baisse mondiale n’est que de 31%)
  • en 2024  elle est supérieure de près de 10% à celle de l’Allemagne mais fortement inférieure (- 21%) à celle de la Belgique
  • la désindustrialisation et la forte tertiarisation de l’économie française ont joué un rôle important dans la baisse de l’intensité énergétique du PIB de la France.


Mix énergétique

Constats-clés

  • le poids du nucléaire dans le total de l’énergie primaire caractérise la France. Ceci différencie la France de tous les pays moyens et grands d’Europe (et du monde) et induit une économie largement décarbonée
  • après la forte réduction de la production nucléaire en 2022 et 2023, le rétablissement observé depuis 2024 a permis de maintenir la part du nucléaire dans l’énergie primaire à plus d’un tiers
  • la part des énergies fossiles s’est établie, en 2024, à 45,4% et a donc diminué (55% en 2001 et 52,4% en 2011)
  • le poids du pétrole diminue lentement (un peu moins d’un tiers en 2024)
  • depuis 2011 le développement des nouveaux renouvelables, certes lent, a permis la progression de la part des énergies décarbonées
  • faute d’un développement rapide des nouveaux renouvelables le maintien dans le futur d’une part importante d’énergie décarbonée dépend donc fortement de la capacité de gérer le vieillissement du parc nucléaire et de développer le nouveau nucléaire (cfr Flamanville).


Mix énergétique comparé

Positionnons le mix énergétique de la France par rapport au Monde et à l’Europe (UE+UK).

Constats-clés

  • une proportion très élevée de nucléaire
  • en conséquence, en 2024, une part des énergies décarbonées (55%) significativement supérieure à la part dans le Monde (19,4%) et en Europe (32,5%)
  • la quasi disparition du charbon, une part du pétrole inférieure à celle de l’Europe et semblable à celle du Monde
  • une part du gaz relativement faible
  • les nouveaux renouvelables occupent une part faible par rapport à l’Europe (et la progression est beaucoup plus lente qu’en Europe et en Chine).


Consommation d’énergie finale par secteur

Données pour 2022 (dernière année publiée par l’AIE)

Constats-clés

  • la consommation finale totale est de 2,1 tep par habitant en 2022 contre 2,0 en Europe, 2,5 en Allemagne et 1,26 dans le Monde
  • la France est proche de la moyenne de l’Europe dans tous les secteurs sauf dans le transport et l’industrie 
  • dans le transport la consommation finale est supérieure de 11% à la moyenne européenne. Elle était supérieure de 16% à la moyenne européenne en 2000
  • dans l’industrie l’écart avec l’Europe est de -15%. Avec l’Allemagne il est de -38%. Ces écarts se sont accrus depuis 2000 (désindustrialisation) 
  • la consommation finale par habitant dans le résidentiel était supérieure de 12% à la moyenne européenne en 2000. En 2022 elle est égale à la moyenne européenne. 


Consommation d’énergie primaire par habitant

Constats-clés

  • le développement du nucléaire en France de 1980 à 2000 s’est accompagné d’une augmentation de la consommation d’énergie primaire par habitant : dans le même temps elle diminuait en Allemagne et augmentait beaucoup plus modérément dans l’ensemble de l’Europe
  • à partir de 2000 la consommation d’énergie primaire amorce une diminution régulière pour descendre à 3,16 tep/habitant en 2024 (-28% par rapport à 2000)
  • en 2024 le niveau est supérieur de 7% à la moyenne européenne et inférieur de 4% à l’Allemagne.

ÉLECTRICITÉ

Taux d’électrification

Données de 1971 à 2022 (dernière année publiée par l’AIE)

Constats-clés

  • le taux d’électrification en France est parmi les plus élevés au monde (la Chine fait mieux, 28,4% en 2024)
  • il a progressé significativement lors de la période de développement du nucléaire pour dépasser dès 1985 les taux en Europe et en Allemagne
  • le chauffage résidentiel et tertiaire et, dans une moindre mesure, l’industrie ont été les moteurs de ce taux d’électrification élevé
  • le taux est, en 2024, 4,3% plus élevé que la moyenne mondiale, 4% plus élevé que la moyenne UE+UK et près de 6% qu’en de Allemagne
  • ce taux élevé devrait constituer un atout important dans la transition énergétique.


Mix électrique

Constats-clés

  • la part du nucléaire dans la production d’électricité reste très élevée en 2024 même si elle a diminué de près de 10% par rapport à 2001 et 2011
  • le gaz s’est renforcé joue un rôle mineur d’adaptation de l’offre à la demande pendant les pointes de demande
  • les nouveaux renouvelables ont progressé mais, nous le verrons, beaucoup moins que dans le reste de l’Europe
  • à noter que la part du nucléaire a remonté de 2022 à 2024 après que les problèmes de corrosion sous contrainte aient été gérés. Cette part avait connu un minimum en 2022 (63%) avec une production de 295 TWh en baisse de 28,6% par rapport à 2018 (413TWh). En 2024 la production nucléaire est remontée à 379 TWh.


Mix électrique comparé

Constats-clés

  • un mix électrique très différent en 2024 du mix mondial : dominance du nucléaire, absence du charbon, faible part du gaz
  • un mix aussi très différent de celui de l’Europe (UE+UK) : dominance du nucléaire, absence du charbon, part faible du gaz, part des nouveaux renouvelables (13,8%) plus de 2,5 fois inférieure à la part en Europe (35,3%) e, de surcroît en croissance beaucoup moins lente qu’en Europe.

CLIMAT

Intensité en CO2 de l’électricité

Constats-clés

  • sans surprise, la dominance du nucléaire conduit à une performance remarquable de décarbonation de la production d’électricité
  • en 2024 les émissions ont été de 44 gCO2/kWh contre 213 gCO2/kWh (4,8 fois plus) en Europe et 342 gCO2/kWh en Allemagne (7,8 fois plus !)
  • la remontée de 2022 et le retour à un niveau très faible en 2024 sont dus à l’évolution de la disponibilité du parc nucléaire français (incidents de corrosion sous contrainte).


Intensité en CO2 de l’énergie

Constats clés

  • l’intensité en CO2 de l’énergie est, en 2024, remarquablement basse en France (32% inférieure à la moyenne européenne et 52% inférieure à la moyenne mondiale)
  • l’essentiel de la baisse s’est produite de 1980 à 2000 (développement du nucléaire)
  • depuis 2000 elle ne baisse plus à la différence de l’évolution en Europe (UE+UK)
  • l’écart avec l’Europe qui était de 0,9 TCO2/tep en 1995 est descendu à 0,57 TCO2/tep en 2024.


Intensité en CO2 du PIB

Constats-clés

  • l’intensité en CO2 du PIB français se situe à un des plus bas niveaux au Monde 
  • depuis 1970 cette intensité en CO2 du PIB a été divisée par 5 et depuis 2000 elle a diminué de 51%
  • elle est, en 2024, inférieure de 34% à la moyenne de l’Europe, de 36% à l’Allemagne et de 65% aux USA
  • elle est aussi, toujours en 2024, 6,6 fois moins élevée que celle de la Chine
  • le constat doit cependant être nuancé au vu des importations importantes de CO2 (voir section émissions, importations et consommation de CO2). 


Emissions, importations et consommation de CO2

Constats-clés

  • les émissions françaises de CO2 d’origine énergétique ont baissé dans l’absolu de 131 MTCO2 de 1990 à 2024 (-33%)
  • les importations nettes (dans les biens importés et exportés) ont cependant augmenté fortement  de 1997 à 2008 : augmentation de 63% pour atteindre 154 MTCO2 soit 40% des émissions nationales. En 2024 les importations nettes représentent 114 MTCO2 (43% des émissions nationales).
  • la consommation de CO2 n’a donc baissé dans l’absolu que de 107 MTCO2 de 1990 à 2024 (-22%) 
  • dans le cadre du Protocole de Kyoto la France s’était engagée à baisser en 2008-2012 ses émissions de GES d’origine énergétique de . . . 0% par rapport à 1990 (le niveau de 1990 était déjà faible compte tenu du développement du nucléaire). Sur base des émissions de CO2 d’origine énergétique l’objectif a été dépassé (-6% en moyenne de 2008 à 2012)
  • la France, comme d’autres pays, illustre cependant les limites des engagements basés sur les émissions et non sur la consommation intégrant les importations. En effet la consommation de GES d’origine énergétique a augmenté de 5% en moyenne sur la période 2008-2012 par rapport à 1990.


Emissions de CO2 par habitant

Uniquement le COd’origine énergétique (les autres gaz à effet de serre et le CO2 non énergétique ne sont pas repris)

Constats-clés

  • les émissions de CO2 par habitant ont diminué fortement de 1980 à 1990. Elles ont été ensuite stables jusqu’en 2005 et ont à nouveau diminué depuis
  • l’indicateur s’établit en 2024 à un niveau inférieur de 27% à la moyenne de l’UE+UK et de 18,7% à la moyenne mondiale. Il est inférieur de 56% à celui de l’Allemagne
  • toutefois le niveau de consommation de CO2 par habitant est de 5,5 TCO2/habitant/an en 2024, supérieur de 16,5% à la moyenne mondiale mais inférieur de 19,5% à la moyenne de l’Europe (UE+UK).

Que retenir ?

  1. le système énergétique de la France s’est très largement décarboné dès les années 1980 sous l’effet du développement du nucléaire
  2. la désindustrialisation et la tertiarisation de l’économie ont accentué la décarbonation à partir du début des années 2000
  3. l’amélioration de l’efficacité énergétique dans le résidentiel a été un troisième vecteur de décarbonation
  4. en matière d’émissions de CO2 la performance de la France est, en 2024, parmi les meilleures quel que soit l’indicateur (par unité de PIB, par unité d’énergie primaire, par habitant)
  5. le développement des nouveaux renouvelables est largement inférieur à la moyenne de l’Europe mais aussi à la moyenne mondiale
  6. le haut niveau de décarbonation est donc fort dépendant du maintien de la part du nucléaire dans les mix électrique et énergétique.  Ce maintien n’est pas garanti : vieillissement du parc nucléaire, difficultés du nouveau nucléaire dans un contexte de hausse de la consommation d’électricité
  7. la France a plus que respecté les engagements pris dans le cadre du  Protocole de Kyoto en terme d’émissions. Cependant la performance en terme de consommation nuance ce constat positif

© Michel Allé
Décembre 2025 (première édition janvier 2024)